Aller au contenu
La méthode DISCmode d’emploiLes verbesUn besoin de formation ? Parlons-en.

Manager

Le modèle DISC et le manager

Paru le · 6 min de lecture

Un pommeau de levier de vitesses et sa grille de rapports gravée

Un manager passe une bonne partie de ses journées à expliquer, décider, recadrer et encourager. Il le fait avec son propre style, qui convient à certains membres de l’équipe mieux qu’à d’autres. Le modèle DISC lui donne une grille simple pour comprendre ces écarts : quatre styles de comportement observables (Dominance, Influence, Stabilité, Conformité), qui n’appellent ni les mêmes consignes, ni le même rythme, ni la même reconnaissance.

L’intérêt n’est pas de ranger les collaborateurs dans des cases, mais d’adapter la forme de son management sans rien céder sur le fond.

Ce que le modèle DISC décrit, et ce qu’il ne dit pas

Le DISC décrit des comportements observables : la façon dont une personne aborde un problème, entre en relation, réagit au changement ou reçoit une consigne. Il ne mesure ni l’intelligence, ni les compétences, ni les valeurs, et il ne prédit pas la réussite dans un poste. Un manager qui s’en servirait pour juger une compétence ou départager des candidats le détournerait de son objet.

Un profil est une photographie de préférences, établie à partir des réponses de la personne elle-même. La même collaboratrice peut se montrer très directive dans une crise et très patiente avec un nouvel arrivant : le modèle ouvre la discussion, il ne la clôt pas.

De la règle d’or à la règle de platine

On connaît la règle d’or : « traite les autres comme tu aimerais être traité ». Appliquée au management, elle a une faille. Un manager qui aime les consignes brèves et les décisions rapides donnera des consignes brèves et tranchera vite, en pensant bien faire. Le collaborateur qui a besoin de comprendre le pourquoi, ou de temps pour s’approprier un changement, se sentira bousculé.

Le DISC invite à une autre formule, que l’on appelle souvent la règle de platine (certains parlent de règle de diamant) : « traite les autres comme eux souhaitent être traités ». Il ne s’agit pas de donner raison à tout le monde, ni de changer d’objectif selon l’interlocuteur, mais de choisir pour un même message la forme que la personne recevra le mieux : l’essentiel d’abord pour l’une, le contexte et les étapes pour l’autre.

Adapter sa posture de manager

Le modèle repose sur deux questions. La personne est-elle plutôt rapide et affirmée, ou plutôt posée et réfléchie ? Est-elle d’abord tournée vers les tâches ou vers les personnes ? Débit de parole, goût pour le détail, réaction à l’imprévu : ces indices suffisent souvent à formuler une hypothèse, que l’on corrige au fil des échanges. Pour le manager, les deux axes fournissent deux leviers : le rythme (aller vite ou laisser du temps) et l’angle (parler résultats et méthode, ou relation et équipe).

Adapter sa posture ne demande pas de jouer un rôle. Un manager rapide peut annoncer une réorganisation quelques jours plus tôt à un collaborateur qui a besoin de stabilité ; un manager chaleureux peut envoyer un compte rendu chiffré à celui qui attend des données. Ces ajustements de forme, répétés, deviennent des réflexes.

Faire passer le DISC à son équipe : le temps à prévoir

Remplir le questionnaire prend peu de temps ; son déroulé est détaillé sur la page consacrée au questionnaire DISC et à sa passation. Ce qui en demande, c’est le débriefing avec une personne formée à l’outil.

Trois précautions s’imposent au manager. Le rapport appartient à la personne qui a répondu : c’est elle qui choisit ce qu’elle en partage. Le débriefing gagne à être mené par quelqu’un d’extérieur à la ligne hiérarchique, pour que personne ne se sente évalué. Enfin, le profil n’a pas sa place dans l’entretien annuel d’évaluation, tel qu’il se pratique dans beaucoup d’entreprises en France : on y apprécie un travail et des objectifs, pas une manière d’être.

Modèle ou profil : pas de bon ni de mauvais style

Qu’on parle de modèle, de méthode ou de profil DISC (la nuance est expliquée avec les quatre dimensions et les deux axes de la méthode), il n’existe ni bon ni mauvais profil, ni profil idéal pour manager.

Le manager D donne un cap et tranche quand il le faut ; le manager I mobilise et donne envie ; le manager S installe la confiance et protège l’équipe des à-coups ; le manager C apporte de la rigueur et des critères clairs. Chacun a aussi son excès : décider seul, promettre plus qu’on ne peut suivre, éviter un conflit nécessaire, retarder une décision faute d’informations complètes.

Commencer par son propre style

Avant de lire le profil des autres, le manager gagne à lire le sien. Son style naturel lui indique son rythme spontané et les collaborateurs qui fonctionnent le plus loin de lui. Sur le cercle DISC, les styles opposés se font face en diagonale : le D et le S, le I et le C. Un manager D trouve souvent un collaborateur S trop lent, qui le trouve brutal en retour : leurs rythmes diffèrent, voilà tout.

Beaucoup de rapports associent une couleur à chaque style ; ce code, ajouté bien après les travaux d’origine, est expliqué sur la page qui aide à lire son résultat et ses couleurs DISC. Pour prolonger la réflexion, on peut aussi lire comment un responsable fait évoluer sa façon de diriger à partir des quatre styles.

Manager chacun des quatre styles

Le modèle remonte au psychologue américain William Moulton Marston, qui a décrit ces quatre dimensions dans Emotions of Normal People en 1928 ; son histoire, de Marston aux questionnaires actuels, est racontée à part. Pour le manager, l’essentiel tient en quatre repères.

Avec un collaborateur D

Il veut des résultats et avance vite. Donnez-lui un objectif clair, de l’autonomie sur les moyens et des défis à relever ; allez droit à l’essentiel. Vos retours seront directs, brefs et factuels. Point de vigilance : son impatience peut heurter l’équipe, et il faut parfois lui rappeler les limites de sa délégation.

Avec un collaborateur I

Il entraîne, persuade et aime l’échange. Donnez-lui de la visibilité, de la reconnaissance et l’occasion de porter un projet auprès des autres. Commencez vos retours par ce qui fonctionne, puis fixez par écrit les échéances et les points précis. Point de vigilance : il peut multiplier les engagements et perdre de vue les détails.

Avec un collaborateur S

Il privilégie la stabilité et la coopération, et prend son temps. Annoncez les changements tôt, expliquez le pourquoi et les étapes, laissez-lui poser ses questions en tête-à-tête. Vos retours seront calmes, donnés en privé, et reconnaîtront sa fiabilité. Point de vigilance : il dit rarement non et peut taire une surcharge ; demandez-lui explicitement son avis.

Avec un collaborateur C

Il veut des données, de la précision et un travail juste. Donnez-lui des critères clairs, des informations écrites et du temps pour analyser. Vos retours seront précis, argumentés et illustrés d’exemples. Point de vigilance : son exigence peut tourner au perfectionnisme ; fixez ensemble le niveau de qualité suffisant et l’échéance.

Ce que le manager y gagne, et les limites à garder en tête

Bien employé, le modèle DISC réduit les malentendus du quotidien : une consigne mieux comprise, un retour mieux reçu, un changement mieux accepté. Il donne aussi à l’équipe un vocabulaire commun pour parler de ses différences sans les juger.

Il a ses limites. Un comportement dépend aussi du contexte, de la charge de travail et de la motivation : un collaborateur qui se replie traverse peut-être une période difficile, sans que son style y soit pour rien. Le modèle ne remplace ni l’écoute ni le dialogue, et il ne justifie jamais une formule comme « c’est un S, il ne changera pas ».

Reste l’image du caméléon : c’est au manager de faire le premier pas vers le style de l’autre, parce qu’il a la responsabilité de l’équipe. Il ne renonce pas à sa personnalité ; il choisit la forme qui permettra au message d’arriver.